Casseur de cliché Non classé

Retraitée « végé »

Septuagénaire, Danielle Sottas est devenue végétarienne il y a 40 ans. Manque d’informations, d’acceptation et de conscience climatique… non, ce n’était pas mieux avant.

Elle ne mange ni viande, ni poisson, ni produit laitier. Danielle vous reprend sur la différence entre végétarien et végan ; connaît celle entre tofu fumé et tofu soyeux. Elle distribue des tracts pour l’association de protection des animaux L214 et milite avec l’Association Végétarienne de France. Dernière précision : Danielle Sottas a 77 ans. Installée dans le Morbihan, l’animatrice socioculturelle est devenue végétarienne (régime alimentaire sans viande, ndlr) à 35 ans et végétalienne (régime alimentaire sans produits issus des animaux, ndlr) à la soixantaine. Aujourd’hui à la retraite, elle admire une jeunesse engagée pour le climat, qui partage de plus en plus souvent son régime alimentaire. Danielle raconte le chemin escarpé d’une végé’ « avant que ce soit la mode ».

Vous êtes devenue végétarienne il y a 40 ans, comment ça s’est passé à l’époque ? 
À l’époque, on ne devenait pas végétarien pour des raisons écologiques, on n’en parlait pas du tout. On faisait ce choix par rapport aux animaux. Moi, surtout, j’ai choisi l’amour ! J’ai rencontré mon compagnon à 35 ans, il était végétarien depuis ses 14 ans. C’est lui qui m’a initiée. 

Se proclamer végétarien à 14 ans, pendant les années 1950, ça arrivait souvent ? 
Jusqu’à ses 18 ans, il n’a pas eu le droit d’adopter vraiment son régime végétarien. Ses parents étaient bornés. C’est ce qui est très différent avec les jeunes parents d’aujourd’hui, que je trouve plus ouverts sur ces questions. 

Et pour vous, quelques années plus tard, quelles ont été les réactions ? 
On en parlait très peu autour de nous. Quand on ne connaissait pas bien quelqu’un, on ne disait pas qu’on était végétariens. On était vus comme une secte !

Un manque d’informations selon vous ? 
Oui, certaines personnes ne savaient même pas ce que c’était qu’être végétarien. Les autres me disaient: « Ohlala tu vas être malade ». Et même nous, on manquait d’informations : dans les années 1980, il n’y avait pas de boutiques spécialisées, de recettes sur Internet, de compléments alimentaires adaptés. C’était affreux au début. Tous les jours, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir manger aujourd’hui.

Puis, il y a dix ans vous êtes devenue végétalienne… 
M’engager avec L214 (une association de défense des animaux, ndlr) m’a ouvert les yeux sur les exploitations intensives d’animaux. Petit à petit, en faisant des rencontres, j’ai commencé à mieux connaître les régimes sans produits animaux. Car jusqu’à mes 40 ans, je mangeais « normalement » mais sans viande, sans soucis. Mais après, il faut faire attention, manger de manière plus variée. Tous les jours désormais, je prends des vitamines B12 qu’on retrouve normalement dans la viande. Des vitamines B3 aussi. Et tout va bien ! Je le dis même à mon médecin : « vous voyez que c’est bon d’être végétalien ! » C’est pour cela que c’est bien de faire les choses petit à petit, sinon on risque des carences. Aujourd’hui, les jeunes deviennent directement végans (mode de vie qui exclut tout produit d’origine animale, ndlr), sans passés par au moins une courte phase de végétarisme. 

Les jeunes vont trop vite ? 
Non, c’est normal quand on est jeunes de vouloir faire les choses plus vite. Je les admire, ils ont vraiment déjà tout compris, ce sont des jeunes militants. J’ai été très surprise de tous ces jeunes qui se sont mis en avant pendant les manifestations pour le climat. Ils ont pris conscience. 

Ces mêmes jeunes, engagés pour l’environnement, accusent souvent votre génération d’être responsable des maux de la planète.
Je les comprends. Notre génération a été très égoïste. Nous avons vraiment vécu les meilleures années et on leur laisse une planète malade. On n’a pas eu de prise de conscience des problèmes écologiques. Ou si, un petit peu, on a fait Mai-68, mais c’était une prise de conscience individuelle. Les jeunes ont réussi à avoir une prise de conscience collective. 

Julia Denis

Retrouvez aussi « Viande », un podcast de Manon Meyer :

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