Casseur de cliché Ensemble

«Même si je cours moins vite, on peut quand même jouer», quand l’amour du ballon rond dépasse les générations

Elles ont entre 51 et 80 ans, elles s’appellent Patricia, Olga, Hélène, Marie-Claire et Sylvie et une passion les réunit : le football. Peu importe l’âge et les capacités sportives, elles veulent montrer aux jeunes qu’on peut jouer à tout âge.

«Quand j’étais petite, mon papa m’avait dit que jouer au foot ce n’est pas pour les filles. Et aujourd’hui, je fais partie d’une équipe», se réjouit Patricia. Cette footballeuse de 51 ans fait partie de l’équipe des Footeuses à tout âge, qui rassemble 17 femmes passionnées du ballon rond. Un amour qui a commencé dès son enfance pour Patricia, «mais elle n’avait pas le droit d’y jouer». Une injustice selon elle, qui s’est vengée en montant, avec des cousines une équipe de 11 joueuses «pour affronter les garçons». Un sentiment d’affranchissement qui restait «un loisir», précise-t-elle. Fouler le terrain des dizaines d’années après et affronter d’autres équipes nationales et internationales a été pour elle comme «une révélation». Pour Patricia, le ballon rond a été un échappatoire, elle qui souffre de dépression, un ode à la liberté, plus efficace que les médicaments.

Patricia, Olga, Hélène, Marie-Claire et Sylvie lors d’un tournoi de football, été 2020.

Envie de revivre

«Toutes les footeuses ont eu des soucis de santé, explique Patricia, mais le foot nous fait énormément de bien.» Être ensemble, partager une même passion, pouvoir se confier… «et avoir des copines», complète-t-elle en riant. «Même si on ne s’est vu qu’une seule fois – c’est comme si on se connaissait depuis toujours.» Depuis mars, la pandémie de Covid-19 a contraint l’équipe à se parler uniquement par Messenger ou WhatsApp. Mais elles nourrissent toutes l’espoir de pouvoir «se retrouver en vrai», «reprendre les entraînements» et «être en forme pour le tournoi en Espagne» au mois de juin prochain. «Ce sera le grand moment de l’année, on va affronter l’équipe américaine et Friedrich Mitchell», se réjouit Patricia. En attendant, son fils l’entraîne. Course, vélo… La footballeuse n’arrête pas. Même si les compétences sportives importent peu et que «le plus important est de s’amuser», Patricia ne veut pas voir perdre son équipe. Alors, comme elles n’habitent pas dans la même ville, tout le monde s’entraîne de son côté.

Maillot et tenue de foot de Patricia qu’elle conserve précieusement.

Drôme, Bretagne, Marseille, Pyrénées-Ortientales, l’équipe est dispersée aux quatre coins de la France. Chacune doit donc trouver les moyens de continuer l’entraînement. Patricia a donc rejoint un club local dans l’Indre, où «elle est la seule grand-mère». Face au ballon, peu importe si ses coéquipiers sont hauts comme trois pommes. Âgés d’une dizaine d’années, ils sont dynamiques et agiles mais Patricia veut croire qu’elle leur apporte ferveur et bonne humeur. «Ils veulent tous jouer avec la mamie foot, témoigne-t-elle attendrie. Je veux leur montrer que même si je ne cours pas très vite, je peux être utile sur un terrain et qu’ensemble on peut s’amuser.» Transmettre sa passion aux jeunes est pour Patricia un vrai plaisir. «Je veux leur dire que le plus important est d’être fairplay, et de garder l’esprit d’équipe.» En cette période troublée où chacun est invité à rester chez soi, la footballeuse veut encourager tout le monde à faire du sport, « ça libère» et «fait tellement de bien».

Marie-Liévine Michalik